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L'armée de Terre :
parcours de vie,
parcours de formation
©BARDENET Jérôme/armée de Terre
Suivez le parcours de formation de Benjamin, Maëva et Yanis, trois amis qui se sont rencontrés dans un Centre d’information et de recrutement des forces armées (CIRFA), avant de poursuivre une brillante carrière dans l’armée de Terre.

1
L’armée de Terre
ouvre ses portes

25 novembre 2010
Le ciel est encore bas en ce matin d’hiver et la température rappelle à tous que Noël est proche. Il est près de 9 heures au Groupe de services d’évaluation de Vincennes. Dans le froid, une quinzaine de jeunes s’apprêtent à passer deux jours ensemble pour tenter d’intégrer l’armée de Terre.
Une quinzaine de jeunes s’apprêtent à passer deux jours ensemble pour tenter d’intégrer l’armée de Terre
Un peu sur la défensive, les jeunes gens se présentent timidement. « Je suis là parce que je voulais travailler après le bac » dit l’un avec aplomb. « Pareil, travailler après le bac », répète un autre.
« Moi je me demande plutôt que faire après le bac, ose une jeune fille. Les études classiques type droit, histoire ou psychologie, c’est pas trop mon truc. » Ils échangent quelques mots, observant du coin de l’œil le ballet de militaires en uniforme allant d’un bâtiment à un autre, traversant les allées d’un pas sûr. Légèrement détachée du groupe, une jeune femme discute avec deux garçons. Il s’agit de Maëva, heureuse d’avoir retrouvé Yanis et Benjamin.
Présentation
de 3 camarades
 
BENJAMIN
Diplôme
BEP mécanique
Spécialité
Matériel (3e régiment du Matériel – Muret 31)
Âge
24 ans
Caractère
Discret & consciencieux
MAËVA
Diplôme
BTS communication
Spécialité
SIC / transmissions (54e régiment de Transmissions – Haguenau 67)
Âge
20 ans
Caractère
Enjouée & pragmatique
YANIS
Diplôme
Sans
Spécialité
Parachutiste (17e régiment du Génie parachutiste – Montauban 82)
Âge
18 ans
Caractère
Débrouillard & téméraire
BENJAMIN
Diplôme
BEP mécanique
Spécialité
Matériel (3e régiment du Matériel – Muret 31)
Âge
24 ans
Caractère
Discret & consciencieux
Ces trois-là se sont rencontrés quatre semaines plus tôt au Centre d’information et de recrutement des forces armées (CIRFA) de Paris, le jour du tout premier entretien.
Comment réussir ses entretiens avec son conseiller en recrutement ?
Les recommandations du sergent Jean-Jacques pour passer avec succès ses entretiens d’évaluation.
Chacun envisageait alors d’intégrer l’armée sans savoir quel métier leur correspondrait le mieux. Yanis, jeune homme de 18 ans ayant décroché assez tôt de l’école, se demandait que faire sans le bac et cherchait un métier qui recrute sans diplôme mais propose des perspectives de carrière.
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Maëva, 20 ans et titulaire d’un BTS en communication, voulait quant à elle pousser plus loin sa formation. Enfin, Benjamin est un garçon manuel. Au départ, il voulait travailler après le bac mais a été convaincu par ses parents de passer son BEP mécanique. Depuis, il porte un grand intérêt à la logistique de l’armée de Terre. Sur le site sengager.fr, il a trouvé des informations sur les spécialités de ce domaine.
TOUTES LES INFORMATIONS SUR LA LOGISTIQUE DE L’ARMÉE DE TERRE SUR NOTRE SITE
À 24 ans, il est le plus vieux et le plus réfléchi des trois.
Ils ont à peine le temps d’échanger quelques impressions qu’il est 9 heures. Entouré par le personnel du GSE, un capitaine prend la parole pour les accueillir et leur donner le programme des deux jours d’évaluation. Aujourd’hui, il est plus léger : gestion de formalités administratives, installation dans les chambres, discussions sur l’armée de Terre, bilan médical. Benjamin est un peu soulagé que ces tests démarrent en douceur car il lui faut toujours un peu de temps pour se sentir à l’aise et donner le meilleur de lui.
Tout le monde se voit assigné un dortoir. L’ambiance se détend et très vite, les candidats se retrouvent à discuter avec des militaires. Yanis, d’un naturel enjoué, veut tout savoir des opérations extérieures. Il abreuve les recruteurs de questions : où sont-ils allés ? Qu’y ont-ils fait ? Quel a été le moment le plus fort qu’ils ont vécu ? Benjamin profite de l’enthousiasme de Yanis pour intégrer les informations. Maëva s’intéresse plutôt aux compétences que les militaires ont acquises depuis qu’ils ont intégré l’armée. Les jeunes sont fascinés et la conversation se poursuit à « l’ordinaire », le nom de la cantine des militaires. Benjamin, Yanis et Maëva se mélangent aux aspirants soldats.

Plan d'un régiment

1
1 Entrée et poste de sécurité
2
2 Place d'armes
3
3 État-major
4
4 Centre de transmissions
5
5 Compagnies de combat
5
5 Compagnies de combat
6
6 Logement sous-officier
7
7 Gymnase
8
8 Stand de tir
9
9 Magasin du corps
10
10 Ordinaire
11
11 Infirmerie
12
12 Hangar technique
13
13 Foyer
14
14 Armurerie
15
15 Bâtiment d'instruction
16
16 Parcours d'obstacles
Certains sont militaires de pères en fils. D’autres ont trouvé là l’opportunité de travailler après le bac tout en continuant de se former.
C’est l’occasion de découvrir que les raisons de s’engager sont variées. Certains sont militaires de pères en fils. D’autres ont trouvé là l’opportunité de travailler après le bac tout en continuant de se former. À l’instar de Yanis, d’autres encore se demandent que faire sans le bac et cherchent un métier qui recrute sans diplôme. Certains, enfin, savent depuis l’enfance qu’ils veulent servir leur pays, que ce soit en France ou à l’étranger. Au fil des discussions, les idées d’orientation et de spécialités se précisent dans la tête de chacun.
La journée passe très vite et lors du dîner, candidats et militaires semblent se connaître depuis longtemps. Au foyer, un lieu affectionné de tous, les conversations vont bon train et continuent jusque dans les dortoirs, que chacun finit par regagner pour être en forme le lendemain. Devant toutes les informations reçues, Maëva, Yanis et Benjamin sont un peu songeurs, mais plus déterminés que jamais à faire partie de cette aventure hors du commun.
Le lendemain matin, devant la porte de la salle d’examen des tests psychotechniques ,
LE PARCOURS
DE RECRUTEMENT
EN DÉTAIL
Yanis est inquiet. Ce garçon qui n’a pas beaucoup aimé l’école craint le piège. Benjamin le rassure : « Pas de panique, ces tests vont simplement évaluer ta gestion du stress, ta personnalité et ta logique. Il n’y a pas de mauvaise réponse et rien à préparer. Sois honnête, c’est la seule manière de réussir. »
Maëva, bien qu’entraînée, s’inquiète pour l’évaluation sportive. L’exercice qu’elle redoute le plus est celui qui exige de tenir sa tête au-dessus de la barre de traction. Elle regarde ses bras et leur dit en pensée « Je compte sur vous ! »
Comment réussir ses épreuves sportives ?
Les conseils de l’adjudant-chef Guillaume pour réussir ses épreuves sportives de sélection !
En fin d’après-midi, tous débriefent. « Ça allait en fait les tests, t’avais raison Ben, s’exclame Yanis. Il y a juste l’exercice des dominos qui était bizarre », ajoute-t-il en grimaçant pour faire rire tout le monde.
Les trois amis reviennent sur les tests sportifs, commencés par le Luc Léger, l’épreuve de résistance, suivi du parcours d’obstacles et achevé avec l’évaluation musculaire. Maëva est soulagée, elle a tenu 40 secondes. « C’était mieux que les autres filles, t’as assuré », la félicite Ben en l’embrassant sur la joue. C’est déjà l’heure du départ. « On se fait un appel Skype quand on reçoit les résultats ! » impose Maëva à ses complices qui opinent du chef.
Quelques temps plus tard, les sourires visibles via écrans interposés en disent long. Les trois amis exultent, ils ont tous été acceptés.
Même Benjamin, d’habitude effacé, s’enthousiasme. Il raconte la signature de son contrat et son intégration à l’arme du Matériel, son souhait de toujours.
Yanis, lui, évoque la fierté aperçue dans les yeux de ses parents quand il leur a annoncé qu’il entrait au Génie en tant que parachutiste, une spécialité qui correspond bien à son caractère débrouillard et à son envie de participer à des opérations complexes. « Ils avaient l’air soulagé. Maintenant, ils ne se demandent plus ce que je vais faire sans le bac, ils savent que je vais quelque part et qu’une carrière intéressante m’attend. » Forte de son BTS, Maëva intégrera quant à elle l’École nationale des sous-officiers d’active (ENSOA).
Son objectif : se spécialiser dans les transmissions, peut-être même la guerre électronique.
DÉCOUVREZ LE MÉTIER DE SPÉCIALISTE RENSEIGNEMENT D'ORIGINE ÉLECTROMAGNÉTIQUE
Bientôt, Yanis et Benjamin rejoindront leur régiment pour quelques jours avant de partir en Centre de formation initiale des militaires du rang (CFIM) pour 12 semaines. Direction Nîmes pour Benjamin, Caylus pour Yanis. Les deux sont ravis, ils seront assez proches. « Tu m’appelleras pour les perms, hein ! » dit Benjamin.
Maëva, elle, partira directement pour l’ENSOA de Saint-Maixent où elle passera 8 mois. Pour ne pas perdre le contact et pouvoir éventuellement s’entraider, les trois jeunes gens promettent de se donner régulièrement des nouvelles. Le rendez-vous est pris pour la fin de la formation au CFIM.

Les choses sérieuses
commencent pour Yanis

Tandis qu’il vient d’arriver au CFIM de Caylus, dans le Tarn-et-Garonne, celui des troupes aéroportées, Yanis réfléchit déjà à ce qu’il dira à Maëva et à Benjamin. Pour lui, l’adaptation au nouveau rythme est un peu dure. Tête fraîchement rasée, il enchaîne entraînements physiques et cours théoriques, découvre le métier de soldat et le milieu dans lequel il va évoluer. C’est un environnement avec des règles strictes où il faut savoir gérer sa fatigue. Avec seulement 10 minutes accordées chaque matin pour faire parfaitement son lit, ce fils unique couvé par sa mère ne refuse jamais un coup de main. Si le résultat ne plaît pas au caporal-chef, il faut refaire, c’est ainsi !
Quand lui et ses camarades se déplacent, c’est en ordre serré. Yanis aime bien ça, d’autant que les marches sont le plus souvent chantées. Il se souvient des films dans lesquels il aimait précisément cet esprit de camaraderie. Sa promotion a choisi le chant « Loin de chez nous ». Il se répète les paroles dans sa tête : « Loin de chez nous, en Afrique, combattait le bataillon, pour refaire, à la Patrie, sa splendeur, sa gloire et son renom… » Le chant le galvanise.
Il est fier d’appartenir à un corps prestigieux de l’armée. Fils unique habitué aux jeux vidéo, aux conversations SMS ou internet, il découvre aussi la vie en communauté. Les horizons dont proviennent ses camarades font jouer son imagination : l’un évoluait dans la restauration en tant que commis de cuisine, l’autre dans un garage, un autre encore passait de petits boulots en petits boulots. Selon leur profil, certains voulaient travailler après le bac, d’autres se demandaient que faire sans le bac ou comment trouver un métier qui recrute sans diplôme. Certains, particulièrement déterminés, savaient depuis l’enfance qu’ils voulaient être là.
Eux n’avaient aucune hésitation sur que faire après le bac. Tous semblent en tout cas avoir trouvé leur place et malgré le rythme de la formation, aucun n’imagine retourner à la vie civile. Yanis se sent bien. Encouragé par ses supérieurs, il réussit des choses dont il se croyait incapable : il est plus endurant, plus déterminé. Au départ peu sportif, il apprend à se dépasser.
Aujourd’hui est le jour d’un événement émouvant : la cérémonie de remise du béret rouge des soldats de la 11e brigade parachutiste. Ce béret est tout un symbole, qui marque son entrée officielle dans la famille des parachutistes. Mais avant de le recevoir, il doit d’abord marcher plusieurs kilomètres. « Facile » souffle Yanis à un camarade… avant d’entendre son supérieur préciser qu’il portera un sac de 30 kg sur le dos.
La formation des parachutistes
Pour devenir parachutistes, les soldats suivent une formation intense de deux semaines.
Il n’est pas le plus fort du groupe mais il a un bon mental et ne se laisse pas abattre, même quand les anses du sac tirent sur ses épaules, même quand la sueur coule entre ses omoplates et qu’une ampoule se forme sur son pied gauche. Il évite d’y penser, il avance en chantant avec le groupe.
La fin du parcours arrive enfin et au soulagement se mêle l’excitation. Un caporal-chef est désigné comme parrain du groupe. Les jeunes recrues sont alignées. Elles reçoivent tour à tour le fameux béret. Symbole de gloire, de dépassement de soi et d’abnégation, le béret fait leur fierté. Il ne leur reste plus qu’à obtenir leur brevet de para.
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1 C'est au lendemain de la Seconde Guerre mondiale que les parachutistes français adoptent le béret amarante pour l'ensemble de leurs unités à l'exception du 2ème régiment étranger de parachutiste qui conserve le béret vert de la Légion étrangère.
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2 Le béret rouge s'orne pour les unités parachutistes métropolitains de l'insigne représentant un bras droit armé, emplumé, serrant un glaive pointe en haut.

Benjamin découvre
aussi la vie de soldat

Les mots des instructeurs sur ce que celle-ci représente résonnent encore dans sa tête : la fierté de servir la France, la responsabilité de porter une arme.
À Nîmes, Benjamin découvre aussi la vie de soldat. Il comprend pourquoi le CFIM sert de sas entre la vie civile et la vie militaire. Comme Yanis, il a mis quelques jours à se faire à l’ambiance collective, lui qui est un peu discret. Un matin, il a aussi confié à un de ses camarades être déstabilisé par le ton sec de ses supérieurs.
« Question d’habitude, avait répondu le soldat en riant. Ma mère commande comme ça à la maison, alors forcément, j’ai pris le pas. Tu t’y feras aussi. » Benjamin a surtout fini par comprendre que c’était un moyen de vérifier qu’il intégrait bien les leçons. Depuis quelques temps déjà, il est plus fort mentalement et s’affirme davantage.
Ce matin, il est particulièrement concentré. Il y a peu, la cérémonie de remise des FAMAS, le fusil d’assaut de l’armée, a eu lieu. C’était un moment très fort, organisé de nuit, au cours duquel il a reçu son arme. Les mots des instructeurs sur ce que celle-ci représente résonnent encore dans sa tête : la fierté de servir la France, la responsabilité de porter une arme. Là, il s’apprête à vivre un nouvel exercice de tir, un moment où il se sent plus militaire que jamais, sérieux, investi. Ses mains sont un peu moites et il les essuie discrètement le long de son pantalon. Il cherche à masquer sa nervosité car il le sait, il ne doit pas céder à son manque d’assurance.
Quand on porte une arme, il faut être sûr de soi. « Fais-toi confiance », se répète-t-il en boucle. Pour maintenir sa concentration, il se remémore ses leçons. Première règle : une arme doit toujours être considérée comme chargée. Ensuite, il faut plaquer la crosse dans le creux de l’épaule, saisir le fut et se préparer à mettre cinq impacts dans l’objectif à 100m de distance. Il est gaucher, or les gauchers sont réputés pour être de très bons tireurs. Ça l’aide mentalement.
« Mes parents vont halluciner. Il y a six mois, je cherchais un métier qui recrute sans diplôme et aujourd’hui, je suis tête de classe ! »
Benjamin apprivoise le FAMAS, il cherche la précision dans son mouvement de charge et pour cela, répète inlassablement ses gestes. « N’oubliez pas que ce sont ces gestes qui sauveront peut-être un jour votre vie ou celle de vos collègues ! » scande l’instructeur en charge de l’exercice. Il tire. Une fois, deux fois, trois fois. Les trois balles atteignent leur cible. « Eh bien alors Benjamin, tu veux faire mécanique ou tireur d’élite ? », siffle son supérieur. Jamais Benjamin n’aurait pensé se révéler dans le tir. Concentré, il a abattu les cibles les unes après les autres devant le regard admiratif des instructeurs.
Il le sait, il a aussi gagné un certain respect auprès de ses camarades. Quelques jours plus tard, il appelle Yanis. Cela fait trois mois que la formation a commencé et elle est déjà bientôt finie. La bonne nouvelle, c’est qu’ils ont tous les deux obtenu leur AFFIM, l’attestation de fin de formation militaire. La bonne surprise, c’est que Yanis a même été classé 3e de sa section avec 15,4 de moyenne. Il exulte : « Mes parents vont halluciner. Il y a six mois, je cherchais un métier qui recrute sans diplôme et aujourd’hui, je suis tête de classe ! »
Benjamin et Yanis sont maintenant officiellement soldats des forces terrestres. Bientôt, ils rejoindront leur formation de spécialistes.

Maëva doit apprendre
la patience

De son côté, Maëva doit apprendre la patience. Cela tombe bien, c’est l’une de ses qualités. Depuis toute jeune, elle accorde aux études une importance particulière. À 18 ans, et contrairement à pas mal de ses amis, elle ne voulait pas travailler après le bac mais poursuivre son apprentissage.
À l’ENSOA, il lui reste cinq mois de formation pour devenir sous-officier. Le cursus qu’elle suit est complet et se poursuivra toute sa carrière avec plusieurs étapes à franchir : une formation spécialisée de 1er niveau, le brevet de spécialiste de l’armée de Terre, une préparation à l’exercice de plus hautes responsabilités militaires, puis une formation spécialisée de 2nd niveau, le brevet supérieur de technicien de l’armée de terre.
L’ENSOA, c’est quoi ?
Découvrez la formation délivrée par ’École nationale des sous-officiers d'active, qui forme les cadres de l’armée de Terre.
« Je regarde mes hommes droits dans les yeux et avant de parler, je sais ce que je vais leur dire. »
Concrètement, Maëva va apprendre à organiser des missions opérationnelles, connaître le monde militaire mais aussi accomplir certaines tâches administratives, pratiquer le secourisme et l’exercice physique. Elle se préparera également à commander un groupe d’une dizaine de soldats. Alors que certains de ses camarades veulent passer chefs de char ou chefs de groupe transport pour le ravitaillement, elle veut devenir spécialiste en guerre électronique, dans les transmissions. « Heureusement que j’avais repris le sport avant de venir » écrit-elle un jour dans un SMS à Yanis. « Tu connais la devise de l’école ? S’élever par l’effort. Je t’assure que j’en fais encore des efforts pour m’élever au-dessus de cette barre de traction ! »
En quelques semaines, son corps a déjà évolué, il est plus sec, plus endurant. Elle sait que rien n’arrive par hasard et qu’il va falloir s’affirmer. Récemment, ses instructeurs lui ont trouvé un vrai talent de meneuse. Cette qualité la rend particulièrement fière, peut-être parce que trop de gens doutent encore de la capacité des femmes à assumer un poste de commandement. « J’essaie d’être ferme, mais juste, carrée. Je ne me lance pas n’importe comment, je réfléchis à la bonne décision pour montrer que je sais où je vais », explique-t-elle à Yanis, qui lui demande un exemple. « Je regarde mes hommes droits dans les yeux et avant de parler, je sais ce que je vais leur dire. » Son but est de ne jamais se laisser dépasser par la situation. « Un jour, je vais vous commander toi et Ben, se réjouit-elle. Et je ne tolèrerai aucune discussion ! »
Chaque jour, elle a une pensée pour la cérémonie de remise des galons au cours de laquelle elle deviendra sergent. Elle fabrique des images dans sa tête : elle portera un uniforme gris clair et un tricorne bleu nuit Elle a déjà choisi son parrain, un adjudant-chef pour qui elle a beaucoup d’admiration. S’il est d’accord, c’est lui qui lui remettra ses galons de sous-officier. La cérémonie se fera le soir, dans une ambiance très solennelle. Elle sera la porte d’entrée de sa future spécialisation : les systèmes d’information et de communication de l’Ecole des transmissions.

2
La vie en régiment
et la spécialisation des soldats

25 février 2012.
Maëva regarde sa montre. Comme à son habitude, elle est arrivée en avance et va devoir prendre son mal en patience. Autour d’elle, un bal de touristes se mêle aux habitants du quartier. Il fait un peu froid et parce qu’elle commence à grelotter, Maëva décide d’entrer. « Tant pis, ils me rejoindront à l’intérieur », se dit-elle, abandonnant les images d’embrassades un peu exaltées qu’elle avait conçues dans son esprit. Cela fait plusieurs mois qu’elle, Yanis et Benjamin n’ont pas été réunis. Bien sûr, les SMS, les emails, les appels et quelques rendez-vous physiques leur ont permis de se tenir au courant mais cette fois, ils avaient envie de se retrouver et d’avoir le temps de parler. Ils se sont donc arrangés pour disposer d’une permission au même moment. Le lieu de leurs retrouvailles : La Brasserie de l’Isle, un petit restaurant situé en plein cœur de la capitale.
À peine s’est elle installée que Maëva aperçoit la figure de Yanis à la porte d’entrée. Son camarade s’avance vers elle d’un pas pressé. Les deux se prennent dans les bras avec affection. Ils ont juste le temps de se dire bonjour que Benjamin les rejoint également. La joie sur leurs visages annonce une soirée festive. Les trois prennent place à une table au fond de la salle où ils auront toute l’intimité nécessaire pour se raconter les uns les autres. Une fois les commandes passées, ils ne perdent d’ailleurs pas un instant. C’est Yanis, affecté au 17e régiment du Génie parachutiste de Montauban, qui se lance le premier.
« Tout se passe bien et même de mieux en mieux. Ça y est, j’ai pris le pli. Il était temps, vous me direz. Je suis devenu très ponctuel. Même aujourd’hui, je suis arrivé avec presque 10 minutes d’avance, pas vrai Maëva ? Vous devriez voir la tête de mes parents quand je rentre. Ma mère avait l’habitude de faire mon lit. Là, elle est éblouie avec mon lit au carré, mes affaires pliées et rangées. La première fois que j’ai fait ça, je pense qu’elle s’est demandé si j’étais bien son fils ! Comme en plus, j’ai changé physiquement. Y en a pas un de vous pour me dire que j’ai pris des épaules, d’ailleurs ?! À part ça, les collègues sont super.
Vous ne vous rendez pas compte mais moi, je suis fils unique et je n’ai presque jamais passé de temps avec des copains à délirer dans les dortoirs, à partager des secrets, des jeux. Fred, c’est mon meilleur pote au régiment. Au début, je le trouvais juste sympa. En fait, je le connaissais mal. Un soir, le type met de la musique et commence à faire des figures au sol… des trucs incroyables. On a parlé, il m’a dit qu’il avait fait six ans de hip-hop et, de fil en aiguille, c’est devenu un peu comme un frère. C’est génial de pouvoir partager et de débriefer les moments chauds de la formation, comme les exercices de saut par exemple.
Comment les parachutistes de l'armée de Terre s'entraînent-ils ?
Une fois le brevet parachutiste militaire obtenu,
l'entraînement des parachutistes ne fait que commencer !
Je vous raconte ? Eh bien t’es dans l’avion, qui prend de l’altitude. Parfois, on est à plus de 3 000 mètres, faut imaginer le vertige que ça donne. En plus, il faut gérer ton barda sur le dos. Il y a 30 kg tout de même, c’est pas rien. Aux premiers sauts, je n’en menais pas large. Tu es dans l’avion, la porte est ouverte, ça va être le moment et la question de reculer ne se pose pas. Tout le monde se met debout, on avance en pas chassé, on pivote devant l’ouverture. Tu colles tes mains de part et d’autre de la porte.
Au début, les miennes étaient tellement moites que j’avais peur de glisser et de chuter. En fait, non, t’es tellement concentré. Tu respires un grand coup, tu entends derrière toi ‘En position. Go !’ et hop, tu sautes ! Pas le temps de réfléchir, derrière toi les autres attendent. Heureusement que les instructeurs insistent sur les consignes de sécurité. On a appris à déterminer la direction du vent, à prendre des tractions, etc.
Tu respires un grand coup, tu entends derrière toi ‘En position. Go !’ et hop, tu sautes ! Pas le temps de réfléchir, derrière toi les autres attendent.
Un jour, j’ai quand même eu la peur de ma vie, je vous jure. Je saute, je profite deux secondes du paysage parce que la vue est incroyable et là, mon parachute dorsal ne s’ouvre pas. T’es dans un film, sauf que tu n’es pas James Bond donc t’as intérêt à trouver une solution rapidement. Ta solution, c’est le parachute ventral. Merci à celui qui a inventé ça et merci à moi d’avoir écouté mon instructeur. Ce moment de demi panique te rappelle où tu es et à quoi tu te formes. Quand on est en opération, il faut s’attendre à tout. Cet épisode m’a à la fois remis à ma place et donné confiance. Franchement, j’ai assuré ! » Maëva l’interrompt pour lui demander comment il voit la suite.
« Alors déjà, je voudrais vous dire à vous deux, les diplômés, que vous avez devant vous l’heureux détenteur d’un certificat militaire élémentaire et d’un certificat technique. Je pense que mes parents vont les encadrer ! À la question ‘Que faire sans le bac ?’ qui aurait pensé que la réponse pouvait être ‘parachutiste’ ? Haha ! Bonjour Madame, je m’appelle Yanis et je cherche un métier qui recrute sans diplôme, que pouvez-vous me proposer ? Oui enfin je plaisante parce que je les passe les diplômes finalement et vu comme c’est parti, j’aimerais même intégrer les commandos parachutistes. Je sais, il ne faut pas que je m’emballe. Je dois d’abord devenir caporal, passer les épreuves physiques, obtenir les brevets de niveaux 1 et 2 du Centre national d’entrainement commando (CNEC) de Mont-Louis et le stage de chuteur opérationnel de l’école des Troupes Aéroportées (ETAP) de Pau.
Vous avez devant vous l’heureux détenteur d’un certificat militaire élémentaire et d’un certificat technique.
Quand j’y réfléchis, je me dis que ça va être long. Ce qui est sûr en revanche, c’est que j’ai envie de renouveler mon contrat à la fin des premiers 3 ans. Je suis tellement bien où je suis. En plus, j’ai l’impression de servir à quelque chose. Vous savez de quoi je parle mais nous, les paras, on sait tout faire. En cas de conflit ou de crise, c’est nous qu’on envoie ! C’est pas pour rien que les autres unités nous appellent les « couteaux suisses » ! Vous connaissez notre chant ? « Sapeur parachutiste, tu progresses loin là-bas, en avant, toujours prêt au combat ! ». Seule chose, il faut vraiment écrire à quelqu’un pour dire qu’on manque de femmes ! Maëva, motive tes copines, dis leur que para, c’est pas réservé aux hommes ! »
Son rôle sur le terrain de maintenir en condition opérationnelle les matériels.
Benjamin acquiesce en riant. Comme Yanis, il poursuit sa formation, mais au sein du 3e régiment du matériel de Muret. Benjamin précise qu’il aime la simplicité de sa devise, « savoir faire », qui correspond à son caractère consciencieux, discret. Son rôle sur le terrain est de maintenir en condition opérationnelle les matériels. « Ce que j’adore, c’est que ma passion est devenue mon métier, mais que je fais aussi tout le sport que je voulais. T’es pas le seul à sauter en parachute, Yanis, sauf que je parie que tu ne vaux pas grand chose devant un blindé en panne ! », s’amuse-t-il.
Mécanicien dans l'armée de Terre, c’est quoi ?
Découvrez le quotidien et formation d’un mécanicien de l’armée de Terre.
Attablé en face de Maëva, Benjamin raconte l’émotion provoquée par le saut. « Mais je n’échangerai pas avec la mécanique. Mon adrénaline à moi, c’est démonter le véhicule, faire mes vérifications, identifier la panne, le boulon qui manque, le fil défait et trouver la solution. » Au sein du régiment, Benjamin a obtenu plusieurs diplômes avant de se spécialiser comme mécanicien de mobilité terrestre.
DÉCOUVREZ
LE MÉTIER
DE MÉCANICIEN
MOTEUR
« Je prends en charge les blindés, j’interviens sur les pannes et c’est moi qui dis s’ils sont aptes ou pas à partir en opération. Tu vois la taille des engins et tu hallucines. J’ai l’impression d’avoir dix ans et de jouer dans le jardin avec mes frères et nos petits camions. C’est unique de faire un métier pareil.

Le matériel
du mécanicien moteur

Quelques machines

VAB (Véhicule Avant blindé)

VTL (Véhicule de transport Logistique)

TRM 1000 CLD
Quelques outils
Après, comme toi Yan, tout à coup tu réfléchis aux conséquences. Tout ça n’est pas un jeu. Quand je travaille sur un véhicule, je sais que j’ai une responsabilité énorme vis-à-vis des collègues. Je ne dois pas rater, il faut que je sois à la hauteur pour qu’ils puissent faire leur partie du boulot. » Benjamin évoque ensuite Dominique et Léa, ses parents, qui l’appellent régulièrement pour lui dire à quel point ils sont fiers. Son frère de 17 ans en est presque jaloux. « Vous l’auriez vu quand ma mère a posé une photo de moi en uniforme sur le buffet de la salle à manger. Il est à deux doigts de s’engager le petit ! » raconte-t-il en riant. « Ça ne va pas s’arranger quand je serai chef d’équipe mécanicien ! »
Après six mois de service, Benjamin a en effet été repéré par ses supérieurs et promu 1ère classe. À présent, il compte devenir caporal, un grade qu’il pourra obtenir après 3 ans de service. Benjamin lève son verre et trinque : « Aux diplômes, à la France et à la mécanique ! » dit-il avec enthousiasme alors que les verres s’entrechoquent. Yanis tape dans le dos de Benjamin. « Eh bien, tu n’es plus le Benjamin qu’on a rencontré au CIRFA. T’as vu, Maëva, comme il est confiant, posé, sûr de lui. Sauf le respect que je te dois, je sais que je suis plus jeune, mais t’es devenu un homme mon ami ! »
Maëva ne dit rien mais n’en pense pas moins. Elle aussi avait noté l’évolution de Benjamin au fil de leurs échanges mais elle est vraiment surprise de voir à quel point il est bien dans sa peau. Bien sûr, tout n’a pas changé chez lui. Il reste discret, calme mais il regarde désormais les gens dans les yeux, avec fierté. Elle qui réfléchit beaucoup à la manière de mener ses équipes, se demande comment faire à son tour pour donner confiance aux personnes sous sa responsabilité. Enfin, ça n’est pas pour tout de suite. Pour le moment, elle se trouve au 54e régiment de transmissions de Haguenau où elle fait partie des traqueurs d’ondes.
Les renseignements dans l’armée de Terre
Ils sont les yeux et les oreilles des soldats en mission sur le terrain : découvrez les soldats spécialistes du renseignement.
« On est le régiment de guerre électronique tactique. Ma mission, c’est de participer à la recherche du renseignement d’origine électromagnétique et d’assurer l’attaque des réseaux radioélectriques adverses. »
« On est le régiment de guerre électronique tactique. Ma mission, c’est de participer à la recherche du renseignement d’origine électromagnétique et d’assurer l’attaque des réseaux radioélectriques adverses. » Yanis l’interrompt : «  Il faut que tu arrêtes avec ton langage de geek
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, tu vas nous perdre Maëv’ ! ». Maëva reprend la parole en souriant. « Donc je recommence avec des mots plus simples pour Yanis ! En gros, le régiment a deux spécialités : trouver l’information et l’analyser. Le but, c’est d’intercepter des signaux sur les ondes qui sont en fait des messages destinés à l’adversaire.

Les moyens
de communication militaires

AVANT
LES TOURS À FEU
150 av. Jésus-Christ
AUJOURD'HUI
VÉHICULE DE L'AVANT BLINDÉ MOBILITÉ LÉGÈRE
2010
Notre rôle, c’est d’identifier ces messages, de les décrypter puis de les faire remonter aux gradés qui décideront ensuite de ce qu’il faut faire sur le terrain. » Au quotidien, ses forces sont sa maîtrise du français, sa curiosité et l’intérêt qu’elle porte aux problèmes géopolitiques. Pour en arriver là, après ses 8 mois de formation à Saint-Maixent, Maëva a suivi une spécialisation pendant 7 mois. « C’est un métier à part, technique, poursuit Maëva. On s’intéresse à l’actualité, je me sens très concernée par tout ce qui se passe. Intellectuellement, c’est vraiment riche et puis c’est l’armée version XXIe siècle avec des outils technologiques incroyables. Ben, tu parlais de ta passion pour la mécanique, pour moi c’est pareil, mais au niveau des réseaux radioélectriques !
Je suis vraiment soulagée d’avoir décidé de ne pas travailler après le bac pour prolonger mes études. » Le 54e RT est engagé en permanence sur des opérations extérieures, c’est un régiment essentiel pour appuyer les forces terrestres. « Le plus loin où j’avais été avant d’entrer dans l’armée, c’était Nice, ça change ! Là, bien sûr que je ne pars pas en touriste mais je pars pour aider la France à préserver la paix. C’est exaltant. » La conversation se poursuit autour d’un café. Les trois amis prennent leur temps avant de quitter le restaurant. En sortant dans le froid mordant de l’hiver, les amis s’attardent. Ils savent qu’ils ne se reverront pas avant de longs mois et profitent pour quelques minutes encore de leur complicité.

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Déploiement en OPEX,
mise en pratique des spécialités

12 mai 2015
Dans le car qui l’emmène vers le camp militaire varois de Canjuers, Benjamin relit le dernier email reçu de Yanis. Dans ce message, Yanis lui annonçait qu’il partait bientôt en OPEX au Mali, dans le cadre de l’opération Barkhane où il rejoindrait Maëva, déjà sur place.
L’opération Barkhane en chiffres
Les chiffres clés sur l’opération Barkhane, qui vise à appuyer les pays partenaires dans la lutte antiterroriste.
Benjamin a gardé la surprise à ses amis : son régiment aussi est déployé sur ce terrain immense couvrant la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad. Dans quelques instants, Benjamin retrouvera Yanis au camp où ils passeront en revue tous les savoir-faire indispensables pour mener à bien leur mission : tir, secourisme de guerre, procédures de transmission, approvisionnement logistique, etc. Rien ne sera laissé au hasard car une fois en opération tout devra se dérouler sans encombre. À peine arrivé, Benjamin croise Yanis, qui n’en revient pas.
« Cachotier ! » Trois ans ont passé depuis leur virée parisienne et leurs situations ont évolué. Yanis est devenu caporal et Benjamin caporal-chef. Le plaisir qu’ils éprouvent à se retrouver embarqués dans la même aventure ne les empêche pas de rester concentrés sur la mission. Ils ne tardent d’ailleurs pas à prendre le départ. Benjamin est déployé à Gao, au Mali, au sein du bataillon logistique. Il y retrouve Maëva, devenue sergent-chef au sein de son unité et affectée au secteur des transmissions. Yanis, lui, se retrouve plus à l’est, vers le Niger. Ils espèrent se croiser mais le théâtre d’opération est si vaste que les chances que cela arrive sont minces.
Quelle que soit notre unité, écrit-elle, notre mission reste la même : mener une traque minutieuse des terroristes, en lien avec les forces locales.
Maëva, Yanis et Benjamin ont la chance d’être soutenus par leurs familles. Les parents de Yanis lui font confiance. Ils le voient évoluer : à désormais 23 ans, c’est un jeune homme impliqué qui n’a plus rien à voir avec le garçon un peu désœuvré qu’il était. Benjamin est lui aussi soutenu par sa famille, qui connaît le milieu militaire par un de ses cousins engagé dans la Marine. Il est surtout épaulé par Claire, rencontrée lors d’une permission et qui est devenue sa petite amie.
Maëva, elle, rassure ses parents dans ses emails. Bien sûr, elle ne peut pas tout leur révéler des objectifs de sa mission, mais elle en brosse les grandes lignes : « Quelle que soit notre unité, écrit-elle, notre mission reste la même : mener une traque minutieuse des terroristes, en lien avec les forces locales. Notre journée est rythmée par les entraînements physiques et, en fonction de notre rôle, par les entraînements au tir. Heureusement que nous sommes unis parce que ce paysage ne nous est pas familier. Tout est couleur ocre. Des dunes succèdent aux dunes et nous roulons parfois des kilomètres sans croiser de vie humaine. C’est ce que j’imaginais du désert, mais c’est impressionnant quand on s’y trouve. En tout cas, ça me change de Nice !
Les conditions de vie sont parfois compliquées pour les soldats sur le terrain : températures écrasantes, vents de sable, etc. Mais ne vous inquiétez pas car je suis entourée de gens qui savent quel rôle ils ont à jouer et comment mener à bien l’opération. Je suis concentrée sur mon travail en permanence et tout le monde est dans le même état d’esprit. » À Gao, Maëva doit trouver des solutions pour faire son travail sur un espace extrêmement vaste où les postes radios classiques ne suffisent pas. Elle doit s’appuyer sur des maillages satellitaires et utiliser des moyens informatiques qui permettent de communiquer 24h/24 via des tchats militarisés, cryptés, sécurisés.
Elle envisage de présenter le concours de l'École militaire interarmes (EMIA) qui forme les officiers issus du recrutement interne. Son objectif final devient plus clair : intégrer le commandement de la brigade de renseignement, toujours dans son domaine. En attendant, elle scrute les ondes radios, à la recherche du moindre signal révélant une communication entre deux groupes ennemis. Il faut tout décrypter : qui contacte qui, quel message, dans quelle langue, par quel moyen, etc. Ces renseignements sont vitaux pour la conduite des opérations.
Un jour qu’elle s’apprête à partir déjeuner, Maëva tombe sur Benjamin, qui profite d’un court temps libre pour se joindre à elle. Benjamin a été affecté à l’atelier mécanique, où il commande une équipe de mécaniciens.
L’atelier mécanique : indispensable en OPEX
L’atelier mécanique est présent à trois niveaux d’intervention en opération extérieure. Découvrez ses missions !
« L’atelier, c’est le désert ! C’est le terrain qui commande et nous, on s’adapte. »
C’est un poste essentiel pour permettre les approvisionnements et faire face aux distances sur ce terrain d’opération qui fait neuf fois la France. Installé dans un réfectoire au milieu des autres soldats, Benjamin explique à Maëva la difficulté de sa mission.
« Entre le sable et la chaleur, je ne te raconte pas dans quel état revient le matériel. Les véhicules sont usés par les milliers de kilomètres, mais il faut les remettre en état rapidement parce que sinon, tu peux oublier tous les trajets qui permettent de relier les ports d’approvisionnements de Dakar, Abidjan et Douala ou les aéroports de Niamey et N’Djamena. » Benjamin raconte comment lui et son équipe travaillent la nuit pour éviter la chaleur. « L’atelier, c’est le désert ! C’est le terrain qui commande et nous, on s’adapte ». Les deux se lèvent de table. Malgré l’envie qu’ils ont de prolonger leur discussion, le travail les attend. Juste avant de quitter Maëva, Benjamin lui rappelle qu’un rendez-vous Skype est prévu avec Yanis. Ce sera l’occasion de féliciter leur ami qui a réussi les tests difficiles des groupements des commandos parachutistes.
« La force de l’armée de Terre, c’est de proposer des solutions à tous ses soldats et ce n’est pas parce que j’aurais eu un échec que j’aurais arrêté de progresser. »
Le jour de l’appel Skype arrive justement et Yanis explique : « Si je n’avais pas réussi les tests, je serais retourné à ma spécialité et je me serais orienté vers une autre formation. La force de l’armée de Terre, c’est de proposer des solutions à tous ses soldats et ce n’est pas parce que j’aurais eu un échec que j’aurais arrêté de progresser. Après, c’est sûr, je n’ai jamais été si heureux que lorsque j’ai appris que j’intégrais le GCP, le Groupement des commandos parachutistes. » Depuis, Yanis joue un rôle crucial pour la sécurité de la France. Dans son nouveau commando, l’infiltration sous voile est le mode d’action privilégié. Son principe : la discrétion.
Quelques jours auparavant, Yanis a sauté à très haute altitude. Au cœur de la nuit, lui et ses camarades ont mené une opération d’une grande complexité. « Avant de décoller, on sentait déjà la tension. On était tous concentrés sur nos objectifs mais un peu tendus quand même. Normal, tu sais que ça va être chaud et que tu n’as pas le droit de te louper. En plus, on saute vraiment haut, il fait froid, t’as 60 kg de matériel sur le dos, t’es pas dans ton confort absolu ! »

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Comment est équipé
un parachutiste
de l'armée de terre ?

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1 Parachute dorsal. (TAP 696 26)
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2 Sangle à ouverture automatique (SOA). Accrochée au câble de parachutage de l'avion, elle provoque l'ouverture du parachute dorsal environ 3 secondes après que le parachutiste ait quitté l'aéronef. Elle reste accrochée à l'aéronef.
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3 Dans cette poche se trouve le mousqueton, relié à la SOA, qui vient se fixer au câble de parachutage de l'avion, et qui va coulisser sur ce câble au fur et à mesure du déplacement du parachutiste dans la soute jusqu'à la porte latérale.
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4 Parachute ventral (TAP 511) : utilisé en cas de problème avec le parachute dorsal.
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5 La poignée d'ouverture du parachute ventral.
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6 Musette (petit modèle de sac pouvant contenir jusqu'à 15kg) : contenant affaires de combat, de rechange, munitions, eau...
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7 Barrette de poitrine (derrière le parachute ventral) : solidarise l'ensemble des sangles et permet de fixer la musette.
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8 Sangle de liaison doral-ventral : elle réalise la liaison entre les parachutes dorsaux et ventraux et est utilisée lorsque l'on vient assujettir une arme sur le parachutiste.
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9 Casque
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10 Treillis
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11 FAMAS
Ce soir-là, Yanis et ses camarades ont dû se laisser dériver sur une distance de 10 à 15 kilomètres. Il expliquera à Benjamin et Maëva que le plus dangereux restait d'atterrir sur les terroristes. Une fois au sol, ils ont gagné un bâtiment, soupçonné d’accueillir une cellule terroriste. « Vous vous souvenez de la formation sur les explosifs ? Eh bien, j’ai pu la mettre en pratique. J’ai posé des explosifs sur les portes et pas trop mal parce qu’elles se sont toutes ouvertes et qu’on a pu infiltrer le bâtiment. » L’opération a été un succès qui s’est soldé par l’arrestation de toute la cellule terroriste.
« Aucun d’entre nous ne peut faire correctement son travail si les autres ne font pas le leur. »
Philosophe, Benjamin ne peut s’empêcher de prendre un peu de hauteur. « C’est tout de même incroyable l’interdépendance de nos métiers. Aucun d’entre nous ne peut faire correctement son travail si les autres ne font pas le leur. Personnellement, je suis toujours autant surpris du niveau des expertises et de la manière dont elles sont mises en commun. » Maëva, elle, retient surtout l’accueil des populations, qui sourient aux soldats et les applaudissent au passage des convois.
« Je trouve ça vraiment bien qu’on prenne le temps d’expliquer aux gens pourquoi on est là et de leur demander comment on peut les aider. D’abord, ce sont eux qui sont les premières victimes du terrorisme et ensuite, sans leur aide on mettrait beaucoup plus de temps à comprendre le terrain. » Benjamin interrompt la conversation. Claire l’appelle à l’instant et il souhaite décrocher. « C’est ça, nargue-nous avec ton conte de fées », lui lance Yanis, toujours célibataire.

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7 ANS PLUS
TARD

« Toi, tu dormiras dans le canapé du salon. À la dure, para ! »
27 juillet 2017
Sur ce chemin de campagne, Maëva ralentit. Elle détaille les maisons qui bordent la route. Soudain, elle s’engouffre dans une allée dont le portail a été laissé ouvert à son attention. Alors qu’elle sort de la voiture, fatiguée par le voyage effectué depuis le Morbihan où elle est en formation à l’EMIA, plusieurs figures amicales sortent de la maison. Yanis s’empresse de prendre dans ses bras la nouvelle venue.
Il est suivi de Benjamin et de Claire, qui porte dans ses bras leur dernier bébé. Entre les jambes de Claire, une petite fille tente d’apercevoir l’inconnue. « Enfin au complet ! », annonce Benjamin qui inaugure par ses mots les quelques jours que tous vont passer ensemble. Yanis tire du coffre le sac de Maëva. « Tu n’as qu’à le déposer dans la chambre d’amis à l’étage », indique Claire. « Toi, tu dormiras dans le canapé du salon. À la dure, para ! » complète Benjamin avec un sourire. Yanis prend la pose, droit comme un I, main tendue contre le front : « À vos ordres, monsieur le chef d’entreprise ! »
Ce terme de « chef d’entreprise » est la nouvelle blague du trio. Il faut dire que la vie de Benjamin a bien changé ces dernières années. La naissance de sa fille, Alice, puis de son fils, Bastien, lui ont fait sentir que le moment était venu de raccrocher. Fort de ses compétences en mécanique, Benjamin a alors souhaité ouvrir son propre garage ici, en Normandie, où sa femme a des attaches familiales. Au départ, lancer sa société lui faisait peur. « Je suis mécano. Les statuts d’entreprise, le juridique, tout ça ce n’est pas pour moi », répétait-il à Claire. En se renseignant, Benjamin a toutefois découvert qu’à la fin de son contrat avec l’armée, il pouvait bénéficier d’un accompagnement à la reconversion à la vie civile.
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DE RECONVERSION
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Ce soutien a été déterminant pour la suite de son projet.
Pas à pas, il a réfléchi à la manière de s’organiser, notamment pour gérer les aspects comptables et administratifs qu’il craignait… et il a ouvert son garage. S’il était un peu nerveux au moment de ses premières commandes, il a très vite réalisé à quel point le fait d’avoir été soldat représentait un atout.
Du point de vue du savoir-faire, évidemment, mais aussi du savoir-être. Sa disponibilité, son esprit d’initiative, son sens des responsabilités, son autonomie, etc. Toutes ses qualités acquises ou développées au sein de l’armée lui ont permis de mener à bien l’ouverture de son garage et de fidéliser sa clientèle. Depuis le début, ses clients manifestent leur satisfaction. En discutant avec Benjamin, certains ont découvert avec surprise son passé militaire. « Il y a des clients qui l’appellent ‘Général’ du coup ! », raconte Claire à Yanis alors que Benjamin se rend dans la cuisine y prendre de quoi se désaltérer.

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Comment se reconvertir
dans le civil après une carrière
dans l'armée de terre ?

Une fois installée dans la chambre, Maëva descend retrouver la petite assemblée sur la terrasse. « Tu n’es pas venu avec ta copine, Yanis ? Depuis le temps qu’on aimerait la rencontrer ». Yanis répond, sourire en coin : « Tout vient à point à qui sait attendre, il faut que je la prépare, la pauvre ! ». Claire qui s’entend particulièrement bien avec Maëva, lui demande où en est sa formation. « Tu as bientôt fini et tu vas devenir officier, non ? »

L'évolution
de la carrière
de Maëva

Maëva confirme d’un hochement de tête. « Honnêtement, ça m’impressionne. Toi tu savais déjà quoi faire après le bac. Moi, je voulais travailler après le bac, mais toi, tu as eu ton BTS et tu as enchaîné les formations en fait ! » Nouvel hochement de tête de Maëva, un peu gênée devant tant d’enthousiasme. Yanis, qui a bien l’intention de faire monter le rouge aux joues de son amie, poursuit : « Claire, ce qu’il faut que tu réalises, c’est que non seulement Madame a obtenu une licence en géopolitique, relations internationales et stratégie à l’EMIA, mais elle assume aussi les responsabilités d’un chef de section ! D’ailleurs, ça se sent.
Dans son régiment, faut filer droit à mon avis. Ben, pas de gaffe avec le barbecue tout à l’heure ou ça va chauffer ! » D’un revers de main, Maëva balaie ces compliments. « Au lieu de faire les malins, j’espère que vous viendrez me voir à Haguenau quand j’aurai rejoint le commandement de la Brigade de renseignement. Et ça, c’est un ordre messieurs ! » dit-elle en riant.
« C’est quoi le renseignement ? » demande une petite voix échappée du trampoline et qui a oublié sa timidité des premiers instants. Benjamin se met à expliquer la spécialité de Maëva et pourquoi il est important pour préserver la paix et permettre à d’autres enfants de jouer eux aussi dans leur jardin. « Si tu ne sais pas quoi faire après le bac, ou que tu veux travailler après le bac, tu pourras faire comme Maëva et Yanis ! »
Il raconte ensuite à Alice le parcours de Yanis, qui poursuit sa carrière au sein des unités commandos. « Au départ, quand j’ai rencontré Yanis, c’était un garçon un peu fou fou, tu sais. Là, tu vois comme il a l’air sérieux ? ». Et c’est vrai que le jeune homme de 18 ans est loin. Si Yanis n’a rien perdu de son charisme ni de son humour, il est malgré tout plus posé. « Tu sais où tu vas », ajoute Maëva. « J’ai surtout eu la chance de tomber sur l’univers qui me convient, précise-t-il. Franchement, c’était pas gagné au départ.
« Aujourd’hui, je suis para en unité commando. Je suis le petit soldat avec lequel je jouais quand j’étais gamin. Je suis ce type-là, c’est fou ! »
Vous le savez par cœur, les questions que je me posais, c’était pas ‘quelle va être ma carrière ?’ C’était plutôt que faire sans le bac ? Quel est le métier qui recrute sans diplôme ? Et si j’avais eu le bac, ça aurait été : « que faire après le bac de toute façon. J’étais vraiment paumé. » Il saisit un soldat en plastique qui trône sur la table au milieu d’autres jouets. « Aujourd’hui, je suis para en unité commando. Je suis le petit soldat avec lequel je jouais quand j’étais gamin. Je suis ce type-là, c’est fou ! »
Benjamin tape dans le dos de son ami qui continue : « En tout cas, on peut le dire, on a la belle vie. Je suis ravi d’être avec vous mais j’ai hâte aussi de ce qui m’attends. Eh oui, je repars en OPEX très bientôt ! » Il sourit avec malice : « Encore une occasion de briller et de monter en grade… comme Maëva quoi ! » Benjamin lève son verre : « À l’armée de Terre… Mais que ça ne vous empêche pas de revenir nous voir souvent ! »
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